Apprendre à courir le risque de se dévoiler.

Les femmes qui sont superficiellement très désirables et attirantes peuvent se cacher, pendant des années, les moyens qu’elles emploient pour, en fait, fuir l’intimité. Si vous percevez un peu de vous-même en Hélène, si les hommes ne semblent jamais maintenir une relation amoureuse avec vous alors même que vous possédez des traits de caractère très positifs, il se peut que vous ayez construit une façade de protection surgissant au moment où s’opère la véritable alchimie amoureuse. C’est pour cela que vous aurez du mal à entrer dans une rencontre sérieuse au début d’une conversation. La raison pour laquelle nous avons recours à de telles stratégies est liée à de vieilles blessures et peurs, plus importantes que nous voulons bien le croire. Nous érigeons probablement ces barrières pour protéger les gens que nous aimons de nos imperfections. En réalité, cette couverture ne sert qu’à bloquer ce dont nous avons le plus besoin : l’acceptation et la confiance qui vont de pair avec l’intimité. Lorsque nous craignons de montrer nos failles, c’est parce que nous ne sommes pas certains de la façon dont elles seront reçues : ou bien nous serons aimés avec elles, ou jugés à cause d’elles. Bien que n surtout d’une aventure sexuelle, mais en fait la femme était du même âge que Greta, et, objectivement, pas très attirante physiquement. Elle espérait que cette liaison cesserait, ne traduisant qu’une « crise de la quarantaine » chez Alex. Elle avait le sentiment que fondamentalement leur mariage marchait : ils avaient une vie sexuelle très réussie, des enfants merveilleux, et ils allaient presque tous les soirs à des soirées ou des galas de bienfaisance. Greta essaya avec beaucoup d’honnêteté d’analyser la situation. Ses amis, qui tous l’adoraient, ne lui furent d’aucun secours ; ils pensaient, comme elle, qu’Alex avait certainement « perdu la tête ». Alex, d’une manière formelle, refusait de discuter de la crise de leur mariage en dehors des séances de thérapie, insistant sur le fait que ses tentatives pour communiquer avec Greta en privé échouaient presque toujours, car elle les transformait en bavardages et essayait de le convaincre que leur mariage était formidable. Pendant des années, Alex s’était senti totalement seul au sein de leur couple, sans savoir pourquoi. Ce n’est qu’après avoir démarré sa liaison qu’il réalisa à quel point il avait été « mal nourri » sur le plan émotionnel. Chaque fois qu’il voulait se confier à Greta, elle changeait de sujet, avec amour mais fermeté, ou répondait par des lieux communs. Alex en souffrait beaucoup et se sentait complètement étranger face à la femme avec laquelle il avait vécu pendant si longtemps. La manière qu’avait Greta d’aborder ses peurs consistait à les garder bien enfermées et à présenter au monde un faux air de femme tout à fait bien dans sa peau. Quelles étaient ses peurs ? Elle en avait plus d’une. A plusieurs égards, elle incarnait le stéréotype de ces hommes et femmes qui, aujourd’hui, essaient de paraître dynamiques et positifs pour déguiser leurs doutes évidents et bien ancrés sur eux-mêmes. En effet, longtemps auparavant, Greta avait décidé de construire un style de vie et une relation maritale dans lesquels il n’y aurait pas un nuage, où elle n’aurait jamais à se confronter aux aspects cachés et déplaisants de la vie. Ses parents avaient divorcé alors qu’elle avait à peine atteint l’adolescence. Son père s’était toujours montré très aimant à son égard, mais en retrait, passif, bizarrement lointain par rapport au quotidien de la maison. Sa mère était plus froide et critiquait constamment son père. Lorsque finalement il quitta la famille, Greta secrètement en rendit sa mère responsable et se jura d’être le plus différente d’elle qu’elle le pourrait. Parce que sa mère était cruellement négative, elle serait positive. Parce que sa mère se plaignait tout le temps, elle ignorerait ces choses qui la blessaient, l’ennuyaient ou la mettaient en colère. Elle ne commettrait pas les mêmes erreurs que sa mère. On ne l’abandonnerait pas. Elle serait différente. Lorsque Greta refoula tous les sentiments négatifs qu’elle considérait comme dangereux, elle limita du même coup le champ et la richesse de sa relation avec Alex. Greta n’était en aucune manière une femme superficielle, mais les contraintes rigides qu’elle imposa à ses sentiments la firent paraître telle. Aller au-delà des apparences. Une femme dynamique et positive en permanence subit non seulement une énorme pression intérieure, mais crée également autour d’elle des normes qu’un partenaire sera incapable de satisfaire. Une telle personne peut vous donner l’impression d’avoir mauvais caractère, d’être irrationnelle et, pire, d’avoir de folles exigences. Comment se libère-t-on de cette prison éternellement ensoleillée qu’est la fausse gaieté ? Ce n’est pas facile, mais c’est possible, et on en retire alors des bénéfices très positifs. Tout d’abord, il faut prendre conscience qu’il existe une satisfaction secrète (« la petite sainte ») à être constamment plus gentille que son partenaire. Et même si vous avez la conviction qu’être gentille est une bonne chose, en amour vous vous trompez, car vous vous privez, vous et votre partenaire, de sentiments authentiques. Les relations affectives s’équilibrent entre sentiments positifs et négatifs. Les personnes trop soucieuses d’être positives trahissent deux peurs courantes, toutes deux essentiellement non fondées. La première, c’est qu’elles ont censuré les sentiments de colère, de tristesse ou de douleur pendant si longtemps que, si elles les laissaient sortir, le torrent les submergerait et à leur tour elles submergeraient leur partenaire. La deuxième peur réside dans le fait qu’elles ont tellement habitué leur partenaire à leur comportement que, si elles en changeaient brusquement, il ne l’accepterait pas. C’est faux sur tous les plans ! Un tel changement exige toujours du temps et il est rare qu’un tel torrent de négativité se déverse. En fait, si vous êtes un peu capricieuse, si vous montrez votre tristesse ous sachions tous que personne n’est parfait, nous sommes également très conscients de nos propres imperfections. L’ennui, c’est qu’en les cachant aux yeux des autres, cela nous empêche de découvrir si nous pouvons être aimés malgré elles. Cela ne fait que perpétuer nos craintes qu’elles puissent surgir soudain et nous détruire. Cela tend également à nous rendre plutôt insipide et sans caractère. Les hommes se lient plus intensément avec des femmes vivantes. Les « angles aigus » provenant de votre véritable personnalité sont le ciment d’une relation amoureuse étroite. La tâche consiste à trouver le courage nécessaire de vous exprimer totalement. Le risque est toujours payant, car il augmente les chances d’une plus grande intimité. La première étape exige d’isoler les peurs spécifiques que vous éprouvez devant l’intimité et par conséquent au fait d’être « connue ». Demandez-vous : que va découvrir exactement celui qui réussira à me connaître ? Quels sont les actes ou les sentiments que je trouve chez moi si détestables ? D’ordinaire, nos peurs sont grandement exagérées, voire irrationnelles, dans la mesure où les autres ne les regarderaient pas comme véritablement honteuses ou dérangeantes. Dès l’enfance, il est courant d’avoir peur de ne pas être aimé, ou d’être différent. Nous avons tous tendance à lutter avec notre faux orgueil, avec notre gêne, et le désir que, d’une manière ou d’une autre, nos failles ne soient pas décelées. Un problème se crée, néanmoins, lorsque nous nous sentons obligés d’être parfaits pour éviter d’être considérés comme pleins de défauts, médiocres, pas acceptables. Vous vous libérerez de ces peurs au fur et à mesure que vous trouverez le courage de prendre des risques. Courez celui de révéler aux autres davantage de vous-même. Et vous verrez que les gens vous acceptent facilement telle que vous êtes. Le simple fait de s’exposer spontanément nous fait paraître et sentir plus vivant et attirant, plus ouvert à l’intimité.

La solitaire

Après être sortis ensemble pendant une année, Pierre, trente- cinq ans, et Irène, trente ans, se fiancèrent le 1er janvier et fixèrent leur mariage au mois de juin. Ils déménagèrent dans un vaste et nouvel appartement et donnèrent une grande soirée pour célébrer cela. Mais, dès la mi-mars, Pierre envisagea sérieusement de suspendre leur projet de mariage. « Je n’étais jamais sorti avec une femme aussi vivante et drôle qu’Irène. Au début, nous riions comme des fous; même nos disputes se terminaient en éclats de rire, et puis nous faisions l’amour. Nous passions probablement trois ou quatre soirées ou nuits ensemble par semaine et nous nous téléphonions tous les jours. Je pensais que nous passerions encore plus de temps ensemble après nos fiançailles et notre emménagement dans un appartement commun, mais nous sommes en train de nous éloigner l’un de l’autre. « Elle a pris la responsabilité d’un grand projet dans son travail et retourne à son bureau, après un dîner rapide, deux soirs par semaine, passe une autre soirée dans un groupe de thérapie pour femmes et travaille à l’extérieur ou retrouve des amis pour un verre, deux autres soirées par semaine. Nous allons dîner ou voir une pièce de théâtre ou un film pendant le week-end, et c’est tout. Et la moitié du temps, lorsque je veux faire l’amour ces jours-là, elle me repousse. Je pensais qu’en tant que couple nous deviendrions plus proches et c’est le contraire : me voilà en train d’essayer d’entraîner un ami pour aller voir un match ou un film et de me faire “ jeter ” au lit. » Irène connaît une déception similaire. « Je pensais que j’avais finalement rencontré l’homme qu’il me fallait. Il a beaucoup d’humour et de plus il était réellement sentimental. Je ne sais pas ce qui a provoqué cette détérioration. A mes yeux, il est devenu trop collant et a toujours besoin d’être sécurisé… et cela me pèse. Si je suis tellement occupée depuis que nous vivons ensemble, c’est parce que je ne veux pas perdre mon indépendance. Je ne veux pas ressembler à ces couples qui font tout ensemble. Je veux passer du temps avec des amis et faire des choses toute seule, comme par exemple aller au club de gym ou passer une ou deux heures à flâner dans les galeries d’art le samedi. » Irène est angoissée à l’idée de leur mariage. Elle a peur de perdre son identité et de devenir un de ces couples dont on dit toujours d’un seul jet : « Voilà Pierre-et-Irène. » Mais ce n’est pas seulement qu’elle est plus solitaire et plus indépendante que Pierre, elle a également peur qu’il l’envahisse.