Les femmes qui sans le savoir ont peur de l’intimité

Hélène, trente-huit ans, cadre dans le cinéma, éblouissante et charmante, tente de sortir d’une dépression provoquée par la rupture de la plus longue relation affective qu’elle ait eue jusqu’alors ; elle n’a duré qu’un an. Cette femme, qui semble avoir tout pour elle, s’interroge : « Pourquoi les hommes m’abandonnent-ils toujours ? » Après quatre ans de mariage, Agnès et Bill ont le sentiment d’être l’un pour l’autre des étrangers polis. Et pourtant, dans les soirées, Agnès trouve Bill amusant, charmant et même, à certains moments, séducteur avec les autres femmes. Elle est terrifiée à l’idée qu’un soir il pourrait briser le douloureux silence qui est entre eux pour demander le divorce. Greta amena Alex, son mari depuis dix-sept ans, chez un conseiller conjugal après avoir découvert qu’il avait une liaison avec sa secrétaire. Certaine qu’ils avaient fait un mariage fantastique, elle crut qu’il traversait simplement la crise de la quarantaine. Ce qu’elle découvrit lors des séances de thérapie fut pourtant très différent : il avait l’impression de n’avoir aucun contact émotionnel avec elle. Toutes ces femmes sont attirantes, intelligentes et manifestent d’excellentes intentions. Elles désirent toutes profondément que leur relation dure. Pourtant, elles traversent toutes une crise. A l’exception d’Hélène, que son amoureux a déjà quittée, les hommes de leur vie sont en train de se détacher d’elles. Tous pour la même raison : ces femmes bloquent sans le vouloir un processus absolument nécessaire pour que vive une relation affective saine, à savoir le développement de l’intimité. 

QU’EST-CE QUE L’INTIMITÉ? 

L’intimité est à la fois l’essence de l’amour et de l’amitié. Être intime avec une autre personne, c’est partager un lien émotionnel étroit, caractérisé par la réciprocité et la compréhension. Il y a l’envie de connaître les rêves, les désirs et les préoccupations les plus intimes de l’autre et en même temps le fait de s’autoriser à être soi-même connu. L’intimité conduit aux sentiments de chaleur et de sécurité qui rappellent la confiance et l’acceptation que nous avons éprouvés enfants. A l’inverse, lorsqu’elle n’existe pas, nous ressentons la douleur aiguë d’être des étrangers l’un pour l’autre et éprouvons une sensation de solitude ou de séparation. La capacité d’intimité est fondamentale dans les relations affectives, car elle détermine les frontières ultimes ou les degrés les plus élevés qu’on puisse atteindre en amour. L’intimité exige beaucoup de confiance : suffisamment pour montrer ouvertement les aspects les plus secrets et les plus vulnérables de nous-même et accepter de connaître les aspects les plus secrets et les plus vulnérables de l’autre sans en être bouleversé. L’intimité n’est pas équivalente au besoin ou à la dépendance. Deux personnes peuvent être totalement dépendantes de la présence physique de l’autre sans que pour autant existe entre elles une honnête et profonde communion de sentiments. Encore faut-il pouvoir détecter les indicateurs d’intérêts lancés par l’autre. D’autres couples font montre d’une autre tendance que l’on confond souvent avec l’intimité ; il s’agit d’une communication excessive qui n’est pas reçue. L’homme et la femme peuvent tous deux partager leurs pensées, leurs rêves et leurs sentiments les plus profonds et se montrer ouverts et vulnérables, mais si l’un ou l’autre n’est pas spontanément en état d’empathie, ne « reçoit » pas ou ne reconnaît pas ce que l’autre veut partager, le couple n’est pas intime. Il s’agit là d’une fausse intimité, dans laquelle, en fin de compte, chacun reste seul. Ce phénomène se produit fréquemment dans la phase romantique, au début d’une relation amoureuse, où projections de sentiments et rêveries sont souvent prises pour de l’empathie et de l’amour ; ce n’est que bien plus tard que les individus impliqués sentent petit à petit qu’ils ne sont pas entendus.

PEUR DU REJET, ABANDON ET PERTE

Pourquoi une personne craindrait-elle d’être émotionnellement proche d’une autre ? Après tout, l’amour véritable, réel — avoir un partenaire qui nous connaît et nous accepte, qui nous aime pour ce que nous sommes véritablement —, constitue une expérience sans équivalent dans la vie. Mais la vérité, qui peut paraître étrange, est que, en pratique, beaucoup d’hommes et de femmes fuient l’intimité et sont même parfois terrifiés par elle. Beaucoup d’entre nous ne sont pas aussi ouverts à l’intimité que nous aimerions le croire, car l’amour, pour aussi magnifique qu’il soit, peut déclencher des peurs intenses de rejet, d’abandon et de perte. Tout d’abord et par-dessus tout, pour se sentir rassuré lorsqu’on est connu et aimé d’une autre personne, il faut s’accepter et s’aimer soi-même. Si vous avez des doutes sur votre valeur, si vous avez le sentiment que les facettes cachées de votre personnalité ou de votre caractère sont inacceptables, vous craindrez que la personne qui vous aime ne vous juge d’une manière aussi critique que vous le faites vous-même. Se dévoiler signifie s’exposer aux jugements, positifs ou négatifs. En tant que thérapeutes, nous entendons chaque jour des déclarations anxieuses du type : « S’il commence à vraiment me connaître, j’ai peur qu’il ne m’aime plus. » Néanmoins, lorsque vous apprenez à accepter tant vos qualités que vos imperfections et à avoir, en général, confiance en vous — « je ne suis pas parfaite, je ne suis pas remarquable mais, l’un dans l’autre, on peut m’aimer » —, vous commencez à vous sentir plus à l’aise face à quelqu’un qui vous connaît. L’intimité devient alors non seulement tolérable, mais valable et réconfortante. La peur d’être abandonnée (« pourquoi révéler ce que je suis, pourquoi devenir si proche, m’intéresser tant à lui puisqu’il va me laisser tôt ou tard ? ») est un autre tueur endémique de l’intimité. Depuis que le taux des divorces a augmenté — ces quelques dernières décennies —, la peur d’être abandonnée est devenue non plus une inquiétude à prédominance névrotique ou irréaliste, mais un fait fondé sur des probabilités statistiques très concrètes. « Jusqu’à ce que la mort nous sépare » a été remplacé par un type d’amour conditionnel assorti de la conscience que l’amour peut ne pas durer. L’angoisse qui entoure le fait de s’investir librement dans une relation d’amour provient souvent de la conscience que « rien ne dure toujours ». Mais ce qui nous apparaît tout aussi clairement, c’est l’évidence paradoxale que les hommes et les femmes qui choisissent de s’isoler des risques courants qu’implique l’amour vécu ouvertement provoquent précisément l’abandon qu’ils redoutent. Les gens trop protégés, qui ont peur de l’intimité, déclenchent souvent un processus où ils deviennent des étrangers l’un pour l’autre et sont finalement rejetés ; précisément tout ce qu’ils veulent si désespérément éviter. Certaines personnes fuient les situations d’intimité ou les limitent parce qu’elles se rappellent la douleur cruelle qu’elles ont ressentie lorsqu’un être aimé est mort. Une sonnette d’alarme secrète se met en marche lorsqu’elles commencent à éprouver de l’amour pour quelqu’un : « Ne t’approche pas trop — tu perdras cette personne et connaîtras cette douleur à nouveau ! » Lorsqu’un être aimé meurt, en particulier s’il s’agit d’un amoureux ou d’un parent, nous avons deux façons caractéristiques de réagir. Certains d’entre nous pleurent profondément cette perte douloureuse et ensuite, lentement, cherchent à remplir le vide avec de nouvelles relations affectives. Pour d’autres, cette perte est si dévastatrice que nous en oublions que l’amour nous nourrissait ; nous ne nous souvenons que de la douleur de la perte et du danger encouru si nous aimons quelqu’un à nouveau. Dans ce cas, tout nouvel amour est obscurci par l’appréhension. De telles blessures doivent être guéries si nous voulons aimer encore. Toute intimité affectueuse implique le risque d’être rejeté, abandonné et de perdre l’être aimé. En s’acceptant, on trouve le courage de courir de tels risques et, ce faisant, de cueillir les magnifiques et riches récompenses de l’intimité.

PEUR DE PERDRE SON IDENTITÉ

Les femmes sont sans aucun doute plus à l’aise que les hommes dans des relations étroites et dans le partage des sentiments, et sont plus aptes à encourager l’intimité dans une relation. Mais certaines femmes craignent qu’en devenant trop proches d’un homme elles ne perdent leur autonomie et leur indépendance, que leur identité distincte ne se trouve perdue ou menacée, que leur personnalité ne soit confondue avec celle de l’homme. Vous avez pu connaître de telles anxiétés. Après plusieurs semaines vécues totalement l’un avec l’autre, vous avez pu ressentir un besoin pratiquement désespéré de passer quelque temps chacun de votre côté, seul, ou avec vos vieux amis à vous. Vous cherchez alors à retrouver la sensation familière de votre propre personnalité. Cela est naturel et positif. Parfois, à un niveau plus conscient, une femme peut craindre qu’une intense proximité puisse, d’une certaine manière, se transformer en un piège douillet qui restreint sa liberté. Elle craint de ne pas être capable de faire face aux besoins et exigences émotionnelles de l’homme, peur qu’il ne lui réclame trop de son temps et de son énergie. Par conséquent, elle restreint cette intimité pour protéger son indépendance et sa réussite durement conquises. Certains hommes, malgré leurs désirs conscients, éprouvent encore des difficultés, sur le plan émotionnel, à accepter qu’une femme ait une vie professionnelle. Ce type d’homme souhaite secrètement que la femme s’implique encore plus et prenne davantage soin de lui qu’il n’est raisonnable d’attendre. La solution, nous le verrons, n’est pas de limiter l’intimité mais de la laisser évoluer lentement et, la confiance et l’amour grandissant, de négocier ses termes en s’assurant qu’elle ne se crée jamais au détriment de l’un des partenaires.

PEUR D’ÊTRE SUBMERGÉE PAR LES EXIGENCES D’UN HOMME

Certaines femmes empêchent que l’intimité ne s’établisse parce que la vulnérabilité d’un homme les effraie ou diminue le respect qu’elles éprouvent pour lui. Elles ont peur d’être dépassées par les soucis, les angoisses et les doutes de cet homme, qui inévitablement se révèlent au fur et à mesure que la relation devient plus profonde. L’honnêteté est partie intégrante d’un lien d’intimité. Et pourtant, lorsqu’un homme se révèle ouvertement, cela peut déclencher chez une femme la peur qu’il ne soit faible et incapable de prendre soin d’elle. Lors de la phase romantique de l’engagement, elle n’échappe pas à une idéalisation de l’homme : elle le voit fort et sûr de lui. Mais, le temps passant, une certaine désillusion s’installe : il n’est plus le prince charmant, il n’est pas toujours fort. En mettant une barrière à l’intimité, une femme peut empêcher que cette nouvelle image de l’homme, peut-être pas totalement attirante, ne se dévoile. Les femmes qui craignent d’être submergées par les besoins et les exigences émotionnelles d’un homme ont raison de ne pas toujours l’écouter ou de trop donner d’elles-mêmes : certains attendent trop des femmes. Pour savoir si un homme exige trop, une femme doit comprendre les besoins des hommes, mais aussi leur peur d’une relation émotionnelle étroite. Pour un homme, un phénomène différent va apparaître. Il n’aura de cesse de se poser la question de savoir si sa femme le trompe. Il va donc mettre en place un mécanisme de défense instinctif qui reposera sur des questions et des sous-entendus, qui, à terme, pourront miner la relation de l’intérieur.

LA PEUR DES HOMMES DE DEVENIR DÉPENDANTS

L’un des points les plus importants de cet article concerne le conflit qu’entraîne chez l’homme la dépendance émotionnelle. A cause du facteur de Polarité, rien ne crée de conflit plus intense chez un homme que d’être dépendant d’une femme. A partir du point de glacial isolement de l’Etat de séparation, les hommes sont attirés vers la chaleur de l’Attachement comme par un feu resplendissant. Mais ils s’inquiètent de leur désir de rapprochement et craignent que l’Attachement ne les affaiblisse et ne les étouffe. Il est de première importance pour les femmes de comprendre le conflit que vivent les hommes, car il constitue la base même de la manière dont ils se lient et explique pourquoi ils aiment ou pourquoi ils partent. Si l’envie profonde qu’a un homme de chaleur et d’attention n’est pas prise en compte — ce qui est facile, car ce besoin n’est habituellement pas conscient et il n’en parle jamais —, cet oubli peut inhiber son aptitude à établir une relation étroite, créer chez lui de l’angoisse et le forcer à s’entourer de murailles émotionnelles impénétrables. Comme nous l’avons déjà fait remarquer, les garçons développent le sens de la masculinité par un processus graduel de détachement de la mère et d’imitation du père. Alors que les filles trouvent leur force dans l’affiliation et le rapprochement, les garçons la trouvent dans la séparation et l’autonomie. Ils se sentent bien dans leur peau lorsqu’ils sont indépendants, quand ils roulent sur leurs bicyclettes, passent la nuit avec un ami ou conduisent une voiture pour la première fois. Mais l’autre face de ce processus d’autonomie fait que les garçons apprennent aussi à cacher leurs sentiments. C’est triste, mais à leurs yeux les émotions deviennent synonymes de faiblesse. Nous avons tous vu un garçon au supplice parce que sa mère essaie de l’embrasser, et s’en dégager. Pourquoi ? Parce que, pour être dans les bras de sa mère et accepter son baiser, un garçon doit s’abandonner, perdre son contrôle. Et cette sensation ramène des souvenirs d’enfance, de besoin d’aide, de faiblesse, l’exact opposé de l’assurance et de la force qui caractérisent la masculinité qu’il s’efforce de plus en plus d’atteindre. Nous pouvons nommer ce qu’il éprouve lorsque il prend trop conscience de son besoin de se rapprocher, une peur d’être « étouffé » ou de se « laisser aller », mais il s’agit surtout de la crainte de perdre sa masculinité. Quand les garçons renoncent à jamais à la sécurité et au confort du lien étroit avec leur mère, ils gardent malgré tout à la fois un désir d’intimité et la peur de cette intimité—il s’agit du conflit dans lequel ils seront pris leur vie durant, le facteur de Polarité. L’attrait qu’exerce sur eux le maternage est toujours présent, les tente, mais ils apprennent à ne s’y laisser aller que dans des situations particulières et jamais longtemps. Par exemple, il est fréquent que les hommes régressent jusqu’au stade infantile quand ils sont malades. Mais cette échappée dans la dépendance leur paraît alors acceptable — la plupart des hommes peuvent accepter de se faire soigner et cajoler sans avoir peur de perdre leur « virilité » lorsqu’ils sont malades, car ils savent que ce n’est que temporaire.

LORSQUE LES HOMMES SE SENTENT SEULS

Peu d’hommes refusent les plaisirs de l’intimité, même s’ils rechignent à en assumer pour moitié la création. Les femmes qui empêchent l’établissement de l’intimité réveillent chez l’homme des peurs fondamentales. En l’absence de ce rapport étroit, un homme se sent seul et délaissé. S’il essaie de communiquer ce qu’il ressent, il risque d’en éprouver de l’humiliation, car il expose alors ouvertement son besoin et sa dépendance. Et il est humilié si sa tentative pour faire connaître son désir de rapprochement et son envie d’un lien plus riche avec une femme n’est pas entendue. Comme nous l’avons montré auparavant, le facteur de Polarité laisse penser que les hommes se sentent liés de façon active approximativement à un point médian entre l’État de séparation et l’Attachement. C’est à l’intérieur de cette zone médiane qu’ils ressentent et expriment, à leur plus haut degré, la passion, l’intérêt et le désir d’engagement. Mais lorsque les hommes ont la sensation d’être sur la voie de la Séparation, ils éprouvent alors malaise et angoisse. La femme qui bloque la possibilité d’intimité expose, sans le savoir, un homme à perdre son assurance. Lorsqu’une femme refuse à un homme l’amour et l’intimité dont il a besoin, sa réaction peut prendre diverses formes. Tout d’abord, il peut se sentir frustré et lui en vouloir. Il aura honte de lui en faire part et même d’en prendre conscience. Ensuite, pour se protéger du sentiment d’isolement et d’étrangeté qu’il éprouve, il peut se détacher d’elle émotionnellement. Ou s’enfermer dans une douleur de plus en plus grande, et dans la sensation de devenir un étranger. Finalement, il peut en arriver à la négliger ouvertement, ce qui souvent revient à la punir inconsciemment de son désintérêt. Mais, plutôt que de réagir, beaucoup d’hommes se contentent de s’éloigner. Ils peuvent alors cesser de communiquer, se retrancher dans leur travail, dans le sport ou dans leurs passe-temps favoris, se désintéresser de la femme sexuellement ou avoir une liaison. Ou tout simplement se retirer de la relation. Et ils agissent ainsi sans même être conscients des raisons spécifiques qui les poussent à prendre le large.

Le roc

Barbara, trente-quatre ans, a divorcé deux fois. Elle partage la garde de ses deux enfants avec leurs pères. Correctrice dans une maison d’édition, elle voit Frederick depuis près de deux ans. C’est un ancien acteur qui travaille actuellement comme vendeur dans l’immobilier et attend de faire un « gros coup » grâce aux investissements spéculatifs dans lesquels il s’est lancé. Les années qu’ils ont passées ensemble ont été définies par Barbara, lorsqu’ils commencèrent une thérapie de couple, comme « chaotiques et épuisantes », même si elle le dit avec un sourire. Frederick, d’accord avec cette description, n’était pas aussi diverti qu’elle par le côté dramatique de leur engagement. Très vite, il devint évident qu’il en souffrait beaucoup plus qu’elle. Il admit qu’il provoquait la plupart de leurs disputes, mais révéla qu’il perdait tout espoir quant à la suite de leur relation, ce qui les avait amenés à commencer une thérapie. Barbara le voyait comme ayant trop besoin d’elle, demandant trop et même infantile par l’excès de son exigence de proximité. « J’ai besoin de temps pour moi, expliqua Barbara, probablement beaucoup plus que Fred, mais ce qui vraiment m’épuise, ce n’est pas seulement son besoin de passer tant de temps avec moi, mais de parler interminablement de ses problèmes. Ce n’est pas particulièrement intéressant et certainement pas très romantique. » Elle regrettait les débuts de leur relation lorsqu’il paraissait plus léger, amusant et aventureux, qualités dont ses deux maris, conservateurs rigides, étaient totalement dépourvus. Elle était persuadée sincèrement que Frederick exigeait trop et qu’il devait analyser cette demande, que c’était son problème. Aux yeux de Frederick, il n’en allait pas ainsi. Il se voyait comme un homme plutôt mûr et autonome qui, par suite de son histoire professionnelle tumultueuse, avait besoin d’une confidente, d’une auditrice attentive avec laquelle il pourrait partager aussi bien les choses agréables que certaines de ses appréhensions et bouffées de manque de confiance en lui. Il l’accusa d’être dure et de ne rien donner, de vouloir seulement l’excitation et non l’amour. « Écoute, lui dit-il. Je ne réclame pas quelque chose que je ne suis pas prêt à donner ! Tu es tellement secrète en ce qui concerne les choses qui t’inquiètent — je sais qu’elles existent mais tu n’en parles jamais… Je ne vais pas jouer le même jeu. Je ne pense pas que l’amour, ce soit ça. » Barbara commença petit à petit à se rendre compte que sa colère vis-à-vis de Frederick provenait de la peur qu’elle avait non seulement de sa vulnérabilité à lui, mais de la sienne propre. Exprimer ses sentiments lui avait toujours été difficile. Elle pouvait être une auditrice très sensible, ce que ses nombreux amis confirmaient, mais pas si cela constituait la base d’un rapport et certainement pas dans le contexte d’une relation affective étroite. Barbara essayait de se défendre d’avoir à trop donner et d’épuiser ses réserves émotionnelles. Au départ, avec Frederick, elle pensait qu’elle avait enfin trouvé un homme qui serait son homologue. Elle eut l’impression que lui aussi désirait la passion, l’intensité et la stimulation, et ne voulait pas épuiser sa partenaire avec des besoins « infantiles » ou être épuisé par elle. Ce que Barbara fut incapable de voir, c’était que Frederick, en fait, était bien l’homme qu’elle avait imaginé. Néanmoins, comme la plupart d’entre nous, au fur et à mesure que le lien devint plus profond, un éventail plus large de besoins se révéla dans leur union. Il est inévitable qu’on soit vulnérable à certains moments et qu’on ait alors besoin d’être pris en charge. Dans de justes proportions, c’est naturel et sain. En refusant cet élément normal de l’intimité, Barbara empêchait ce lien d’être plus qu’une passion ravageuse et forte.